Petit manque d’inspiration ces derniers temps, vous l’avez senti hein ? Un grave déficit d’idées géniales, moyennes ou même franchement bof :  le syndrome de la page blanche ou « rupture des croisés du blogueur ». Au lieu d’écrire, j’ai passé des jours vautré sur tout élément de la baraque comportant un coussin, et je dois dire que mon rythme Lit – Canapé – Fauteuil – Lit était assez solide. J’ai touché le fond avec Top Chef il y a quelques jours, cette émission magique où un chef étoilé vient voir un gamin de 20 ans en lui disant « tiens, voilà une pomme de terre et une friteuse. Surprend moi »*. Mais si Dieu tolère un peu la glande, après tout la moitié de ses prophètes ont passé leur vie à buller dans le désert, il aime pas trop quand ça s’éternise. Le petit Jésus m’a donc envoyé un joli sujet d’article avec une ouverture facile sur le dessus. Merci à lui. Oubliez un instant les manifs, les 6 nations et The Voice. Ce soir, je vous raconte une histoire.

 

top_chef

 

Notre héroïne a un prénom, normal,  mais pour protéger son anonymat on va pas l’utiliser. A la place on va l’appeler Watson, comme Lucy Liu dans Elementary. Watson voici mes lecteurs, mes lecteurs voici Watson.  Watson, c’est une super pote de ma maman : elle est dynamique, elle rigole à mes vannes et me traite de « petit con » de manière assez libérale. J’aime bien Watson. Atout non-négligeable, elle va à la messe le dimanche, croit profondément en Jésus et s’implique dans la vie de sa paroisse. Sur Adopte-un-mec.com elle ferait un carnage. En revanche, Watson se sent parfois en décalage avec son Eglise sur les sujets qui fâchent, comme ça peut être le cas de beaucoup de croyants. Elle attend de Dieu amour et miséricorde, et parfois elle aimerait en voir plus chez ceux qui le servent.  C’est là que ça se corse, car un nouveau prêtre est arrivé dans la paroisse de Watson il y a quelque mois, et comme nous l’a montré le protestantisme, quand tu changes pour un modèle plus récent c’est pas forcément une bonne opération**. Plus moralisateur que pédagogue, le feeling passe moyen avec notre héroïne qui déserte peu à peu les bancs de l’église, son mari refusant quant à lui de remettre les pieds à la messe, là-bas ou ailleurs.

 

Je ne cherche pas de coupable, savoir qui a raison on s’en fout, ce qui me perturbe c’est que j’ai l’impression d’avoir entendu cette histoire des milliers de fois. Quelqu’un qui dit « j’ai essayé de croire, mais j’ai un jour un prêtre a dit… », « j’allais à la messe avant, mais là l’Eglise j’en peux plus… »sont deux best-sellers de la foi. Je ne dis pas que l’Eglise se plante, simplement qu’on peut ne pas s’entendre avec tous les prêtres, homme de Dieu et donc hommes avant tout, ou être choqué par l’attitude de certains croyants. Le souci, c’est qu’au lieu de persévérer, la plupart des gens claquent la porte. J’aime le rugby, j’aime ce jeu plus que presque tout au monde***, et pourtant des coaches qui m’en auraient dégoûté il y en a eu. Ça m’est déjà arrivé de me barrer en cours de saison et de ranger les crampons au placard. Watson en était là.

Mardi dernier justement, Watson était à la maison, il était 14H30 et j’étais donc en train de petit-déjeuner quand elle m’a abordé :

- Clément, quand t’auras fini avec tes corn flakes, il faudra que je te confie quelque chose

- « Confier » genre un secret ? Parce que si c’est ça je t’annonce, je suis plutôt du genre « petite balance » avec ces trucs-là. Et pour ta gouverne****, plus personne dit « Corn Flakes » depuis les années 30, ça fait vraiment vieux réac.

- t’es vraiment un sale petit con, allez viens me voir quand tu auras deux minutes.

 

Corn-Flakes-710x267

 

Watson avait pris une décision. Puisque ce prêtre lui donnait parfois envie de se taper la tête contre les murs, puisque le courant passait pire que la Wifi en Creuse profonde, elle refusait d’abandonner. Aimez vos frères quels qu’ils soient, aimez Dieu malgré les difficultés, bougez-vous le cul parce que croire sera jamais simple, ça Watson achète. Alors elle a tendu la main au prêtre en question : elle s’est portée volontaire pour participer à l’évangélisation de rue. Même pour elle ça parait insensé « J’ai toujours dit que je le ferais jamais, le prosélytisme je déteste et c’était sûrement pas pour en plus le faire avec lui ». Mais pour sa foi, celle de son mari, et pour faire des efforts au nom de Jésus ça lui a paru évident. Elle va l’aider ce prêtre, il lance un projet un peu fou ? Elle en sera.

Mercredi prochain, Watson ira donc dans la rue porter la Parole de Dieu. Que des gens s’investissent dans la vie de leur paroisse c’est toujours cool, et aller parler de Jésus à des inconnus on serait pas nombreux à le faire, c’est quand même le pire plan galère. Ca vaut un beau 9/10 sur l’échelle des traquenards. Mais ce que je trouve génial dans tout ça, c’est que Watson se lance dans cette aventure qui la fait carrément baliser au moment où elle en a le moins envie, pour soutenir ce prêtre qu’elle peut pas voir en peinture. Une putain de leçon, un bel exemple pour ceux qui baissent les bras, qui renoncent. Il n’y aura jamais de bon moment pour aller charbonner, le meilleur moment c’est maintenant.  Tout le reste, c’est des excuses pour se dérober, à nous de ne pas choisir la solution de facilité.

 

 

*Généralement ça se termine avec une assiette « gourmande, où on sent vrai travail sur les textures »

**Je sais, c’est mal

*** C’est bon Jésus et maman là ! J’ai dit « presque », lâchez-moi aussi à un moment !

**** 0% de chances que j’ai vraiment employé l’expression « pour ta gouverne »

 

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19 commentaires to “La solution de facilité”

  • On peut dire que tu as fait trainer ! J’aime bien Watson, elle me ressemble un peu…Mais rassure toi moi aussi je m’accroche, parce que je l’aime cette Eglise !

  • Enfin, tu nous avais pas habitué à des pauses comme ça. Je dirais que souvent c’est aussi une bonne excuse, les gens ont pas besoin de beaucoup pour dire qu’ils ont vraiment essayé mais que c’était pas pour eux…

  • Je l’admire ! jamais je pourrais faire un truc comme ça, ça demande du courage !

    • Je pense que personne se voit le faire, c’est justement le point de l’article, à un moment faut y aller ! Après il y a plein d’autres choses à faire pour se rendre utile dans les paroisses ;)

    • Et on en a besoin… Tout le monde se plaint de voir que des retraités dans les services de paroisse, mais à un moment faut aussi aller « charbonner » soi-même (j’aime bien l’expression^^). Je dis ça, sachant que perso j’ai jamais trouver le courage de pousser la porte pour demander où on avait besoin d’aide, je m’auto-sermonne au passage!

  • « Généralement ça se termine avec une assiette « gourmande, où on sent vrai travail sur les textures »

    C’est tellement ça !

  • Merci Kto, j’espère que c’est pas moi, le prêtre en question… en fait ça risque pas pasque je suis encore diacre et et que je n’organise pas d’évangélisation de rue… ;D

    Ta Watson, elle fait un bel effort et cela lui sera compté : en effet Jésus n’a pas dit « pour être mon disciple, il faut se faire plaisir », il a dit « pour être mon disciple, prends ta croix et suis-moi »… elle a pris sa croix et je l’admire hachement beaucoup. C’est cela la sainteté des temps modernes (je pense pas qu’elle s’en rende compte, mais en fait c’est peut être mieux).

    En ce qui me concerne, en tant que jeune clerc qui a toute les chances de tomber dans les défauts cités, j’aime beaucoup quand on vient me le dire : même si c’est parfois difficile à entendre, la vérité nous rendra libre, et je suis preneur de tout moyen de grandir. [cela implique que Watson prenne le temps de me connaitre un peu avant de me sauter dessus pour me faire remarquer ce qui va pas, mais la communauté des chrétiens toute entière en profitera]

    merci encore pour cet article court, mais bon, que je partage avec enthousiasme…

    Évidemment (je me connais un peu), il faudra beaucoup de délicatesse pour le dire.

  • Merci KTO and the city
    En plein dans le mille!
    Certains ont peut-être des voix pour les faire se bouger pour Jésus mais je pense qu’il y a beaucoup de Watson qui vont le faire parce qu’elles ne peuvent juste pas faire autrement…
    J’ai un ami qui dit au sujet de « porter sa croix » : on ne peut pas être mieux servi que le Maitre…

    • De rien ! Et merci à toi pour la citation, elle est géniale, je vais la recaser dans un article un de ces jours tu peux en être certain !

    • tu as de bons amis, car celui dit cela, c’est… Jésus !
      Jn 15, 20 :  » Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. Si l’on a gardé ma parole, on gardera aussi la vôtre ».

      in Xsto

  • « On ne réforme l’Eglise qu’en souffrant pour elle, on ne réforme l’Eglise visible qu’en souffrant pour l’Eglise invisible. On ne réforme les vices de l’Eglise qu’en prodiguant l’exemple de ses vertus les plus héroïques ». Bernanos

    Merci KTO pour les articles! je chope des idées de vannes moisies pour mes lycéens…

  • Moi qui ai toujours évité les scouts j’ai deux propositions de camp scout cet été, pile quand je suis dispo. Pile quand je voulais m’occuper des jeunes de la paroisse. C’est un signe auquel je vais sûrement répondre alors que franchement les scouts… Au secours ! Merci parce que je me reconnais dans cet article, gros !

    • Pour les jeunes de ta paroisse, réponds !
      Ca fait maintenant 8 ans que je fais ça, et je suis comme certains gamins : j’ai hâte que les vacances se terminent !
      Y a une fournée toute chaude de 45 filles et garçons préparés à la profession de foi. Le délire !
      Bonheur indescriptible.

  • Eh ben moi aussi je me reconnais un peu dans cet article… Et oui, Dieu sait que vivre en paroisse ça implique une certaine humilité, un abaissement même, dirai-je. J’y suis très engagé, je côtoie très régulièrement les quatre prêtres qui la déversent (l’avantage d’habiter une paroisse confiée à des religieux) et pourtant je suis loin d’être toujours d’accord avec eux, surtout en matière de liturgie qui est pourtant mon principal pôle d’action. Parfois je réprouve certaines pratiques, je râle et il m’arrive de le faire savoir. Parfois je fais des suggestions, il m’arrive de ne pas être écouté et je râle. Et il y a un an et demi, quand un nouveau curé au caractère bien trempé est arrivé, j’ai eu un peu de mal à m’y faire. Mais au fond, pour rien au monde je ne serais prêt à migrer vers la paroisse des étudiants en centre-ville. Parce que je suis attaché à la paroisse où j’ai grandi, j’y suis engagé, et parce que malgré tout, ces quatre prêtres qui la desservent, je leur fais confiance car ce sont eux qui ont charge d’âmes ici, et même s’ils sont là à la suite d’un accord entre l’évêque et leur supérieur, c’est aussi un peu le Seigneur qui les y a parachutés. Alors du coup je prend sur moi, je respecte, j’obéis (pas aveuglement) et si je ne suis pas d’accord, je le leur fais savoir de façon diplomatique et je prie pour eux. Et finalement, en écrivant ça, j’en viens à me demander si ce n’est pas la même chose dans l’autre sens : ces prêtres pourraient très bien ne pas me faire confiance en sachant pertinemment que nos vues en liturgie ne concordent pas toujours, me dire de lâcher les petits servants, ranger mon aube au placard et pour les réunions de liturgie aller voir ailleurs si j’y suis. Au lieu de ça, ils me remercient. Comme quoi, on est tous différents, on ne vit pas notre foi – ou on ne voudrait pas vivre cette foi – de la même façon, mais dans le charité du Christ on peut surmonter les clivages et vivre ensemble ; ça ne veut pas dire qu’il faille taire nos idées, nos singularités, elles sont importantes et témoignent de la diversité de l’Eglise, mais elles ne doivent pas devenir des barrières entre nous.

  • Bonjour Kto,
    Ca fait du bien de vous lire de nouveau, après si longtemps !
    J’aime bien votre billet, et ce qui me plaît encore plus, c’est de penser que c’est peut-être votre amie Watson qui sera en binôme avec mon mari, mercredi soir.. (moi, pas encore le courage de me lancer, je resterai dans l’Eglise, au froid, pour prier pour tous ceux qui partent ainsi à l’aventure…)…. !
    Bref, bravo Watson : pour moi, c’est ça, la vraie signification, pour un chrétien, de tendre la joue gauche (ou la droite ?, je ne m’en souviens jamais…)
    PS : moi aussi je dis corn-flakes, et j’ai droit aux mêmes réactions de la part de mes enfants… mais le pire pour eux, c’est quand je commande au Mac Do « des chicken-mac-nuggets »…

  • Salut KTO ! Sam, le retour !!!

    Je sais, je sais, j’ai pas pris le temps de dire bonjour depuis bien longtemps… mais pour ma défense, j’ai chaussé les bottes de sept lieues depuis quelques mois et je rentre en Europe (à peu près bredouille à vrai dire…).

    Sujet intéressant. Je dirai que de mon côté, j’ai vécu l’expérience contraire de Watson. Je suis passé il y a quelques années de brebis égarée à fidèle amoureux de son Église ! En fait, cela a commencé il y a bien longtemps par un constat : a force d’en vouloir à notre Église à chaque fois que j’étais pas d’accord avec elle, je me suis dit que c’était pas forcément toujours elle qui avait tord justement ! C’est ainsi que j’ai entamé une remise en question, et après lecture de notre bon vieux catéchisme, je me suis rendu compte qu’en fait je voyais souvent la paille sans voir la poutre…

    Bref, je crois que souvent, la solution de facilité consiste simplement à faire bloc derrière ses certitudes sans chercher à se remettre en question. C’est trop facile d’être contre ce que dit l’église quand on l’écoute jamais. En bon cathos, sachons donc faire preuve d’humilité, de respect et de docilité envers notre sainte mère, l’Église !

    à toute !

    ;)

  • Javais repondu un grand baratin suite à ce texte et je nele retrouve pas .tu censures ?

    • Du tout, tu m’étonnes. Je vais aller voir dans les spams.

  • Merci Clément pour cet article. Tu vas finir par être un peu moins con que ne le pense Watson. Que Dieu te garde

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