Si vous avez eu l’immense bonheur de passer le bac français il y a moins de cinquante ans, et à moins que votre prof de première ne soit une tanche de niveau mondial, vous êtes forcément tombés sur un chapitre concernant l’apologue. Mais si l’apologue, vous savez : récit bref et allégorique comportant un enseignement moral. L’apologue c’était un peu le fond de commerce du Christ. Faut dire que c’est assez pratique quand on a peur que le public soit un peu dur de la comprenette, on remplace l’Esprit Saint par une graine, un pommier ou Elmer l’éléphant multicolore et tout le monde s’y retrouve : Jésus s’épargne un après-midi à cuire au soleil pendant que les apôtres gagnent un temps précieux qu’ils pourront consacrer à … A quoi au juste ? Bon, en fait personne sait trop ce que ça glande un apôtre, mais ils ont plus de temps pour le faire*.

Et si ça marche pour Jésus, y a pas de raison que ça marche pas pour le blog ! Alors on va tenter le coup pour répondre à une des réflexions qui revient le plus souvent quand on parle de Dieu, de la messe et de la prière (entre autres). L’histoire n’est pas de moi, même si la narration peut vaguement dévier de l’originale. Les amateurs de Kaamelott noteront que comme toute bonne histoire, elle commence avec un vieux.

 

 

Après-midi de printemps dans un coin où y a de la verdure, mettons le Limousin ou la Champagne-Ardennes. Bobby qui est un chouette petit gars, un peu dodu mais plein de bonne volonté, décide de rendre visite à son Grand-père car une question le tracasse pas mal. Il se dirige vers la maison de ce dernier, tire la bobinette et entre chez le dit-Papy. Après avoir effectué les salutations d’usage (un peu de respect pour les anciens ne nuit pas) et gratté une part de clafoutis au passage, il pose enfin la question qui l’a amené jusqu’ici :

« J’ai vraiment du bol de t’avoir sous la main Papy, parce que c’est aux vieux qu’on demande ça en général. Dis-moi, on prie souvent ensemble, on va à la messe tous les deux et j’y vois pas d‘inconvénient majeur. Mais ça me fait rien ! Je me demande si ça sert vraiment à quelque chose, finalement…».

Papy-truc le regarde un instant, et monte sans rien un mot jusqu’au grenier. « Trop stylé ! » se dit Bobby, « Il va revenir avec je sais pas quoi en me disant : Tu vois gamin, moi je pensais pareil, et un jour Dieu m’a envoyé ça pour me prouver son existence ». Imaginant déjà les divers objets que pourrait lui ramener son ancien combattant de Papy (il privilégie la piste du bébé vélociraptor qui deviendrait son ami pour la vie), Bobby voit débarquer l’ancêtre avec… un vieux panier en osier tout pourri. Oui oui, le truc à la con pour ramasser les pommes. En plus d’être un objet bien naze et tout crasseux, le panier est complètement troué. Paye ta révélation spirituelle…

 

 

« Soit un bon gamin, prends le panier, vas-le remplir à la rivière et ramènes le moi ».

Pas convaincu, le petit dodu part tout de même à la rivière son panier-vélociraptor sous le bras. Déjà un panier en osier c’est pas le top pour récupérer de la flotte, mais un panier troué… Notre petit pote se demande si le grand-père a encore la lumière à tous les étages. Enfin bon, il « remplit » tout de même son panier à la rivière, fait le chemin en sens inverse et évidemment le temps qu’il revienne à la maison l’eau avait totalement disparu (en fait c’était le cas au bout de 4 secondes).

« Merci Gamin, c’est adorable. Tu veux bien y retourner de nouveau me chercher un peu d’eau ? »

 

Retour à la case rivière pour Bobby qui ne touche pas 10 litres d’eau et revient, encore une fois, les mains vides. Je vous épargne le passage où des enfants lui jettent des cailloux parce qu’on est en juillet et que c’est la saison des fraises, les pommes ça commence en septembre.

«C’est pas grave Petit. Dans la vie, il faut savoir persévérer. Retourne de nouveau à la rivière»

Là, Bobby est à deux doigts de péter une durite ! Il se demande si la guerre de sécession a pas légèrement bousillé les neurones de Grand-papy (oui, son prof d’histoire est nul). Ou alors il a eu la main un peu lourde sur les Werthers Original’s**, mais quoiqu’il en soit c’est la dernière fois qu’il se tape le chemin jusqu’à cette **** de rivière à la **** pour faire semblant de remplir un panier de **** (Vous sentez que Bobby sature un peu là ?). En plus, commence à y avoir de la boue partout, ça sent la méga combo glissade + rupture des ligaments croisés = une croix sur la saison de curling, la galère quoi.

 

 

Bref, il va à la rivière et ramène pour une troisième fois le panier vide à son grand-père qui lui dit :

« Tu peux t’arrêter là, Gamin. Evidemment que tu ne ramènes pas d’eau dans ton panier troué. Je suis un peu âgé mais pas encore complètement fou. En revanche, regarde ce panier. En sortant du grenier, il était sale et poussiéreux. A force d’aller le plonger dans la rivière, tu n’en as pas ramené d’eau, mais il est propre comme jamais à présent. Maintenant, laisse-moi te dire une chose : ce panier, c’est ton âme. »

 

On peut avoir l’impression de s’agiter dans le vide lorsqu’on va à la messe, comme le vague sentiment de prier dans le vent. Mais il faut souvent pas mal de temps pour se rendre compte qu’on est plus tout à fait le même et réaliser, avec le recul, que Dieu a fait son boulot en profondeur***. Mais pour le vivre il faut se lancer, oser mettre le pied à l’Eglise et parler à Dieu de temps en temps. Sans oublier que si on a un peu tendance à se focaliser sur tel ou tel effet qu’on croit devoir ressentir pour valider tout ça, Dieu bosse peut-être de son côté sur un changement complètement différent. Et pour notre plus grand bien, c’est lui qui aura eu raison.

 

Joyeuse fête de la Toussaint !

 

 

*Si j’étais facétieux, je dirais qu’on capte plus facilement avec une parabole.

**Ce qui, en théorie, aurait dû faire de lui quelqu’un d’exceptionnel…

***Je vous faisais part de ma propre expérience dans cet article.

 

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25 commentaires to “Mission Apologue”

  • Je l’avais pas vu venir… je crois que je m’attendais à ce qu’un raptor sorte du panier, ou un truc comme ça. T’as raison, on capte mieux avec une parabole. :-)

  • Les explications du bas, ça s’arrête à 3 astérisques ! Il y en a 4 dans le texte.
    Bon je te charrie là. Courageux le grand-père. Son petit-fils aurait pu être pour l’euthanasie !
    C’est bien amené.
    Je n’avais jamais vu ta théorie sur l’évolution. C’est assez significatif. Ca en dit long sur les pratiques locales. Et je vote pour !

  • Je ne sais pas d’où tu les sors, mais si c’est perse, merci car c’est très profond. le coup du panier c’est comme quand on va se confesser……

    • C’est ce que j’aime bien avec cette histoire, on peut y lire beaucoup de choses. Voilà aussi pourquoi elle se passe de longues explications, hein Filou ;)

  • Tu as placer facétieux. Tu gagnes quoi ?

    Cet article me parle plus qu’il ne me fait rire, bravo.

    Envoyé par téléphone.

    • J’étais assez content ouais^^. Et toi le pseudo, tu y as réfléchi longtemps ? T’as rarement atteint ce niveau.

      En revanche le « me parle plus qu’il ne me fait rire » je dois le pendre comment ?

      • Il veut dire que d’habitude, tes articles le font marrer, mais qu’il y a rien dedans. Pas de fond, nada, walou.

        De rien.

  • Merci et bravo pour un texte qui, même si j’ai des objections à apporter, donne le sourire. Et allons-y pour le détail des bémols : j’ai connu des bigot(e)s qui, après des années de messe, n’étaient pas plus sympas ou bienveillant(e)s qu’avant d’avoir mis un pied à l’eglise.
    Je m’étais même demandé à quoi servait l’hostie puisqu’après l’avoir mangée, ils(elles) étaient exactement dans le même état de déliquescence sprituelle qu’avant, sauf qu’en plus autosatisfait(e)s.
    Tout ça pour dire que l’habit ne fait pas le moine (un bon vieux truisme ne nuit jamais), qu’il ne suffit pas d’afficher un masque de foi et de charité, de manger des hosties, de se ruiner en cierges ou de prendre des bains d’eau bénite pour que ça marche, et que ça peut même empirer celui(celle) qui s’adonne à ce genre de sport…

    Un bémol à mon bémol : les cathos sont en train de changer. La race des bigot(e)s confit(e)s en dévotions est en perte de vitesse et peut-être même en voie d’extinction chez les cathos. Désormais, on la trouve surtout chez les bobos de la gauche-caviar, sous des allures progressistes, donneur(euse)s de leçons, faussement subversif(ve)s, indigné(e)s permanents et gourous auto-proclamés de la bien-pensance.
    Regardez bien : même ton, même mépris envers les opinions non conformes, même moraline à hautes doses, même autosatisfaction débile. Ce sont bien les mêmes. Marrant, les vases communicants.

    • Malheureusement, je crois qu’avoir la foi n’a pas toujours rendu les gens meilleurs. Si nous étions tous, nous croyants, à la hauteur des exigences du Christ, le monde entier serait catholique.

      J’aime beaucoup la dernière partie de ton raisonnement !

      • Vous rejoignez un peu ce qui s’est dit dans l’article sur les « modèles ». Etre un croyant n’empêchera personne d’être un salop.

        Mais je crois vraiment qu’on peut tous laver notre âme grace à la prière et à la Bible.

        (Coeur de pierre, Coeur de chair, toussa….)

  • Pas compris la blague avec le prof d’histoire nul, en revanche j’aime beaucoup le jeu de mot du titre et celui sur les apôtres !

    Merci pour cette histoire qui fait réfléchir (et très bien racontée)

    • La guerre de sécession se passant aux USA, on peut difficilement imaginer que Papy machin y ait participé depuis son limousin natal ;)

      Pas compris la blague du titre en revanche, on fait un échange ??

    • Vendu ! C’est une blague avec la mission Apollo, la mission spatiale.

  • Hey encore une fois un article qui tombe à PIC :D

    Je ne sais pas d’où tu la sors ton histoire mais elle est bien tournée. Voila qui devrait en faire réfléchir plus d’un (en admettant que plus d’un la lise ^_^)

    Bref continues à nous faire rire tout en nous faisant réfléchir sur la foi :)

  • J’aime beaucoup cette histoire, parce que j’ai vécu cette expèrience.

    Par exemple, le fait de lire la Bible régulièrement, c’est pas toujours évident pour moi (je sais, c’est la base, mais bon). Et parfois on se demande à quoi ça sert, tellement on a l’habitude de connaître les passages par coeur. On attend la révélation, la Lumière, mais ça vient pas.

    Et en fait, peu importe si certains passages ne parlent pas. Et peu importe si on oublie tout ! Parfois l’important n’est pas de comprendre ce qu’on lit, mais simplement de lire.

    Petit à petit, j’ai le sentiment qu’on se met dans les pas de Dieu, on reprend contact et on finit par revoir la vie quotidienne a travers les yeux du croyant. Ca change tout.

  • Histoire très bien racontée: ça se lit très vite !

    (quelques bonnes vannes dans cet article, by the way)

  • Hé bè… Si pour justifier nos tristes Messes il faut en passer par un vieux panier poussiéreux et troué et par un gentil garçon qui ne voit pas que papi le prend pour une truffe, c’est pas gagné !
    Si en plus on voit que ça devient dangereux car boueux et glissant, on a un début d’explication sur nos Églises qui se vident.
    Pourquoi est-ce si difficile pour beaucoup de jeunes de poursuivre une pratique religieuse ? Pourquoi est-ce si difficile d’expliquer qu’il faille en passer par des paraboles (heu… par des apologues) ?

    • Peut-être parce que le comble de la tradition est qu’à force d’être répétée, elle en devient mécanique et vide.

      Le problème des pays où l’Eglise catholique a une composante traditionnelle est que pendant des siècles, les gens sont allés à la messe sans se poser de questions. Or, quand ils ont posé la question du pourquoi, même les prêtres n’ont su leur répondre alors ils sont partis chercher du sens ailleurs.

      On peut dire argumenter longuement sur le fondement de la messe dans la pratique catholique: si le sens n’y est pas, et bah c’est foutu!!!

      • C’est comme pour le mariage. Les divorces augmentent (ou se stabilisent, on s’en fout, on n’est pas pas à ça près) parce que le mariage a été vidé de son sens.
        La sécularisation tend à niveler ces valeurs à un niveau proche des pâquerettes. Et même dans les mariages religieux, je pense que ceux qui sont fondés sur une vraie foi partagée doivent friser les 5%, sur une foi unilatérale 35 à 50% , et sur la tradition pure (c’est-à-dire la coque vide) 50% au minimum.
        Est-ce que ça concerne une question posée ? Je ne crois pas. Je reviens à mon dada : le sens du sacré qui était profondément lié à la tradition dans d’autres temps n’existe quasiment plus. Le marché de l’exotisme charrié par le net notamment déconnecte les cultures de leurs traditions, de leur spécificité géographique, globalisation, mondialisation obligent.
        Le sens du sacré n’aurait pas dû être jeté aux cochons, notamment par l’école publique qui a tant diffamé la religion que dans sa chute celle-ci a emporté avec elle le sacré, le rapport spirituel que l’humain entretenait avec ses traditions, ses rites. Aujourd’hui, une tradition observée à froid a plus souvent le relief spirituel d’une photo numérique que la charge émotionnelle d’une cathédrale gothique.

    • L’article ne parle pas seulement de la messe, mais de la vie spirituelle en générale. Et je pense qu’on peut chercher certaines réponses à votre question du côté des promesses de la société de consommation (et du relativisme). Faut-il rappeler que les églises protestantes historique vivent un déclin bien plus prononcé que le notre…

      • Tient d’ailleurs, il y a ce petit billet dans la matinale chrétienne du 20 novembre dans le journal La Vie:

        « CRISE DES VOCATIONS CHEZ LES PASTEURS SUISSES
        Selon le site protestant suisse Protestinfo, la crise des vocations pastorales risque d’être un enjeu majeur dans les années à venir en Suisse romande. Selon les chiffres disponibles, d’ici à 2017, 30% du corps ministériel actuel partira à la retraite, et les postes vacants « pourraient se compter par dizaines ». « On va probablement vers un corps professionnel de l’Eglise qui comptera moins de pasteurs et plus de gens issus d’autres professions’, prédit le conseiller synodal Paillard. Le métier de diacre, par exemple, sera reprofilé. D’ici à 2015, les candidats, souvent au bénéfice d’une première formation professionnelle, pourraient suivre une nouvelle filière estampillé ‘travailleur communautaire’ option Eglise. En cours de validation auprès de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie, elle serait hébergée par une école spécialisée ».

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