Aller au Frat pour la 5ème fois, c’est un peu comme travailler chez McDonald’s. Si si ! Quand les gens apprennent que tu bosses pour Ronald, le clown rouge avec son sourire de sociopathe*, tout le monde te répète la même chose : « Tu verras, à force de voir passer des Big Mac toute la journée tu vas être dégoûté du Mcdo » Et bla bla bla… J’y ai travaillé pendant des mois, et tous les midis j’étais ravi de cartonner du Big Mac. Poubelle les réflexions à deux balles, bonjour l’orgie made in USA. Seul souci, la pointe de culpabilité qui débarquait en même temps que la prise de conscience de devenir un gros lardon.

 

 

Le Frat ça fonctionne pareil. Tous les deux ans tu y vas en étant persuadé d’avoir fait le tour.  Quand j’ai pris le train pour Lourdes il y a une semaine, j’étais clairement convaincu que Dieu m’avait déjà offert là-bas tout ce qu’il avait en réserve. J’y allais pour le plaisir d’encadrer mes jeunes lycéens, presque par habitude, mais sans en espérer la saveur spirituelle des pèlerinages précédents. Je m’attendais à être un peu blasé. Sauf que comme pour le Mcdo… Petit flashback.

L’heure du déjeuner. Instant béni de la vie d’animateur où tu laisses tes gamins se balancer leur purée à la tronche en faisant semblant de ne rien voir, bien planqué derrière l’Equipe du jour. Journal que tu as forcé tes jeunes à aller te chercher au lever du soleil, faut pas déconner t’es animateur quand même. Le responsable du groupe en profite pour nous briefer sur la suite de la journée. Pas hyper motivé, il annonce une « soirée lavement des pieds dans la basilique ». Moi j’étais plutôt content, ça sonnait un peu comme « soirée mousse au Banana Café », grosse teuf quoi. Et puis, Jb** nous a donné les détails :

-          10 000 mille jeunes

-          1 000 bassines

-          2 000 litres d’eau pour qu’ils se lavent les pieds par groupe de dix dans la basilique Saint Pie X.

Pas grosse teuf, pas grosse teuf du tout. Pour vous donner une idée, Saint Pie X ressemble à ça, un gigantesque hangar/boîte de nuit/Stade de France :

 

 

Vous sentez le bordel potentiel du délire ? Moi je l’ai vu venir à un bon milliard de kilomètres. Suffit qu’un seul gamin renverse de l’eau sur son voisin, qu’un seul petit groupe décide de mettre le boxon et c’est la réaction en chaîne : Trafalgar dans Saint Pie X avec Mgr Daucourt*** qui patauge dans la flotte. Et j’étais pas le seul à être inquiet : c’est pas compliqué, l’équipe d’organisation à qui on avait refilé le bébé avait baptisé la soirée « la gigantesque bataille d’eau ». Ambiance. Personne n’y croyait, et moi j’avais pas envie de voir ça. J’avais même décidé de ne pas y aller, je déteste qu’on mette le bazar dans les cérémonies religieuses. Dans ma tête c’était clair « Je sais comment ça se passe ce genre de trucs, les petits vont foutre le bordel, ça va m’énerver, je vais en noyer 3 dans une bassine, c’est même pas la peine ». Mais on m’a demandé d’épauler notre prêtre accompagnateur, alors j’ai pas eu trop le choix. Tu dis pas à un prêtre « allez au charbon tout seul, moi je vais me pieuter », ça la fout mal… Je me suis donc pointé en espérant que ça parte pas (trop vite) en sucette.

Les organisateurs ont commencé par expliquer le principe de la soirée aux gamins : se laisser laver les pieds par son voisin, poser les mains sur ses épaules et dire une prière pour lui, puis laver soi-même les pieds du suivant. Inutile de vous dire que les jeunes étaient moyennement emballés. Les garçons lâchaient des « vas-y c’est dégueu, c’est sûr moi jamais j’fais ça ! » et les filles nous disaient très sérieusement « Alors non, parce que moi, tu vois, j’aime pas tellement mes pieds ». Je crois qu’ils auraient préféré débarquer au bahut habillés en Bob le Bricoleur. Ou en Bob l’Eponge. Ou en n’importe quel Bob, pourvu qu’on leur évite le coup des pieds.

 

 

Puis Mgr Daucourt (qui était toujours évêque du 9²****) a pris la parole, il leur a expliqué le sens de ce geste dans l’évangile. Ce Christ qui peut tout et décide de se faire serviteur, le cœur même de notre Foi. Au lieu de flatter la puissance et l’orgueil, se faire humble et proche des petits. Une vidéo tournée dans un foyer de l’Arche avec des personnes handicapées est venue illustrer ce geste. Je peux vous dire que ça a calmé tout le monde, c’était brillant. L’intro parfaite, un truc venu d’ailleurs.

Ils ont distribué les bassines, les bouteilles, et les jeunes se sont mis en cercle. Je vous dis pas que personne n’a rechigné, mais l’atmosphère générale était bien plus recueillie que dans un paquet de messes que je connais. Les jeunes ont enlevé leurs chaussures et se sont lavé les pieds mutuellement. J’ai vu ces gamins à qui j’essaie de parler de Jésus depuis qu’ils ont 13 ans prier les uns pour les autres, en silence, les mains sur les épaules. J’ai vu cette dame paraplégique installée à côté de nous qui est venue nous expliquer qu’elle ne pouvait pas se faire laver les pieds, mais qu’elle serait heureuse de participer en se faisant laver les mains. J’ai vu le geste de Jésus prendre du sens pour des milliers d’ados : un miracle de Dieu en direct avec cette soirée qui s’est déroulée à la perfection. Ce soir-là j’ai pris une énorme claque dans la tronche.

 

Je tenais mon moment Frat. Des images qui n’appartiennent qu’à toi, des instants un peu étranges que tu ressasses pendant des semaines. Le bonus que Dieu me réservait depuis le début.

Ca m’a rappelé que les plus belles expériences de foi sortent souvent de trucs où tu ne voulais pas aller, ceux dont tu n’attendais rien. Mais à Lourdes, j’ai surtout pris une leçon dont j’avais bien besoin, une leçon de confiance. J’ai énormément de mal à faire 100% confiance à Dieu, à le laisser gérer en fermant les yeux. C’est pas simple de voir arriver quelque chose qui risque de mal se passer alors que ça te tient à coeur, et d’avoir la sagesse de te dire « quoiqu’il arrive, Il sait ce qu’Il fait ». De ce côté-là, on en reparlera, j’ai encore pas mal de progrès à faire. Pourtant la seule ressource dont je disposais sous la basilique, c’était justement la prière. Tout ce que je pouvais faire, c’était confier tout ça au Seigneur. Alors je l’ai fait, longtemps, en reprenant cette phrase qu’on répète si souvent, « Que ta volonté soit faite ». Rien d’autre*****. Et vu le résultat, je crois que je retenterai l’expérience…

 

 

*Et j’vous parle pas de son pote violet. Ils ont bien fait de le dégager, il faisait vraiment flipper lui !

**Eh ouais, encore un Jb… Où que t’ailles, y a toujours un Jb qui traîne. S’il vous plaît, arrêtez d’appeler vos enfants Jean-Baptiste. Merci pour eux.

*** Evêque de Nanterre

**** Prononcez « Neuf-carré »

*****Bon j’avoue, j’ai un peu croisé les doigts aussi. Mais c’était pour la bonne cause.

 

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33 commentaires to “Soirée mousse au banana café”

  • Article en même temps potache et profond, fou ça !

  • « Je tenais mon moment Frat. » — Tout est là. Dans la capacité à saisir ce qui nous est donné. Je ne suis pas sûr que j’aurais su, moi aussi, « tenir » mon moment.
    Il y faut, sinon une véritable disponibilité, surtout un véritable désir.
    La disponibilité à la grâce (parce que c’est bien de la grâce qu’il s’agit, non ?), c’est probablement du baratin un peu pieusard.
    Mais le désir, c’est du vrai, du costaud. C’est parce que l’auteur de ce blog désirait, au fond, peut-être même sans trop le savoir, faire une expérience de la grâce, qu’il a su « tenir » son moment Frat. J’en connais (j’en suis peut-être) qui auraient très bien pu être dans la même basilique le même soir et ne rien avoir perçu de tout cela.
    Merci à l’auteur de m’inviter indirectement à réveiller en moi ce désir de ne rien rater de ce que Dieu peut faire dans ma vie et celle de mes proches !

    • Je suis complètement d’accord avec toi sur l’idée de « rester ouvert et disponible » pour ces moments-là. Mais tu peux aussi te retrouver embarqué dans de vraies expériences spirituelles, puissantes et profondes, alors que tu ne t’y attends pas, mais alors pas du tout. Ca te tombe dessus alors que tu n’as rien demandé à personne… C’est du vécu ;)

  • Je trouve cet article, très très bien écris.

  • Je suis entièrement d’accord avec toi Kto, j’ai vécu ce moment (en tant que jeune) et j’étais pas très emballée. Finalement ça a été un moment très fort, et franchement je n’avais jamais lavé les pieds de quelqu’un et je m’étais encore moin laissé lavé les pieds !

  • J’y était aussi et je partage en partie ton analyse. si il y avait 2 moments à retenir dans le FRAT, ce serait cette cérémonie du lavement des pieds et un autre truc que je pensais impossible: un temps de silence à 10 000 (l’homélie du cardinal exceptée, là ce n’était pas un moment de prière en silence mais plutôt un atelier sieste, l’enchaînement des nuits de 4/5 heures ayant eu raison de nous au dernier jour). On arrive pas à faire silence habituellement, et combien de personnes sont qualifiées de bavardes en cours mais en fait si, le silence, c’est possible et ça existe.

    Le FRAT c’est un moment exceptionnel. un moment où tu découvre que, ha oui, ce JB du fond de la classe, il peux tenir une conversation sensée durant plus de 5 minutes. C’est un moment où les 40 minutes de prière optionnelle en silence à la grotte, à minuit, parait durer 5 minutes. C’est aussi un moment où on découvre que l’on est pas seul sur Terre, et que oui, être kto c’est possible.

    Le FRAT c’est pas fini, le FRAT c’est pour la vie!

  • Je ne suis pas familier des Frats, je ne peux donc pas donner mon avis sur ce qui s’est passé.

    Mais je dois dire que cette cérémonie du lavement des pieds me semblent être une excellente idée. Risquée certes, mais si elle s’est déroulée comme tu le décris, pour une fois les choses sont concrètes.

    Au lieu de bassiner les jeunes avec de grandes phrases vides de sens, on leur permet de passer à la pratique.

    Ca me parait très formateur.

    • Eh ben écoute, c’est exactement ce que j’ai pensé en lisant cet article !

      Quand j’étais petit au caté, on me soulait avec des grandes phrases. Des trucs bidons qui m’ont jamais parlé.

      La au moins, on passe à l’acte. Si Dieu veut, ça leur en dira beaucoup plus…

    • Vous pensez pas si bien dire. Avant cette soirée là, je comprenais bien le principe, mais ça ne me parlait pas des masses comme passage de l’évangile. Autant vous dire que je vois les choses bien différemment maintenant !

  • je pense au type qui par hasard tombe sur ton article…….. si on a pas le mode d’emploi, à chaud comme ça, on passe clairement pour des tarés!
    cela dit, je trouve ça hyyyper émouvant.
    d’ailleurs, question: le FRAT, ça a été transposé en province ou bien ça reste une manifestation uniquement pour l’IDF?

    • Pour info, je suis à Lyon et un pèlerinage a été créé il y a quatre ans pour les aumôneries des collèges publics. Il s’est ouvert aux lycéens cette année. Ca commence doucement mais nous étions déjà 350 cette année (une semaine avant le FRAT). Ca restera plus petit que le FRAT c’est sûr mais la population globale est moins importante. Et c’était génial aussi, et en BONUS le cardinal Barbarin nous a accompagné trois jours. Et on ne dormait pas quand il parlait!!

      • Quand c’était les autres évêques, on était hyper attentifs.

        • C’est pas bien de balancer sur 23…

  • Larmina tu as raison, voici le lien vers un article de l’an dernier qui expliquait un peu de quoi il retournait. C’était après le Frat de Jambville, mais il me semble que j’évoquais rapidement Lourdes.

    Je crois qu’on ne peut pas transposer un truc aussi colossal, nulle part ailleurs tu ne trouves la même concentration de population. Mais chaque diocèse a ses propres évènements, de différentes tailles. Pas mal de mes amis en ESC viennent de province, et ils m’ont parlé de trucs de ce genre. Zythan, super initiative au passage, personne ne sait où aboutissent ce genre de projet ! Et puis vous aviez un cardinal juste pour vous ;)

  • Merci pour cet article très beau
    quel joie de voir ces jeunes évangélisés et bientôt évangélisant !

    merci

    amen

  • Pour donner un rapide aperçu de ces moments de oufs…

    • Il y a aussi des moments de silence et très recueillis hein, pas uniquement des chants et des danses :)

  • Vu ce que le Frat a fait pour moi il y a quelques années, c’est vraiment une super nouvelle de voir que des initiatives similaires se développent dans d’autres régions de France.

  • Article particulièrement bien écrit et agréable à lire !

  • vous avez de la chance.

    moi j’aurais bcp aimé avoir des choses comme ça.

    • Quand tu viens d’une famille qui ne pratique pas du tout, ce qui te plonges dans ces ambiances de prière ? d’adoration ? qui te fais découvrir la confession ?

      Sans le Frat jamais je n’en serais là où je suis désormais…

    • C’est vrai que c’est une chance pour tous ceux qui ont grandi en IDF : quand j’ai découvert çà à 45 ans, comme responsable d’un groupe d’aumônerie, moi aussi j’ai pris une énorme claque, et j’ai été émerveillée par ce que ça peut générer chez les jeunes :
      En bref : tu découvres le frat de Jambville, alors tu veux aller à celui de Lourdes, puis , comme tu ne peux plus t’en passer, tu deviens animateur quand tu as dépassé la limite d’âge ! Et quand tu mûris un peu, tu restes animateur, non pas pour toi et ton propre plaisir, mais parce que tu as envie que d’autres jeunes découvrent ce que tu as vécu !
      …. et l’engagement devient une évidence pour toi, tu deviens actif dans une association caritative, un mouvement de scoutisme, ta paroisse, une mission de coopération, etc…etc… et voilà, tu fais partie du sel de la terre, rien que parce que tu as chanté Alleluya -hé sous 1 chapiteau, ou que tu as lavé les pieds de ta voisine qui avait oublié de changer de chaussettes !
      Mais Lucie, tu peux encore vivre tout cela : si ce n’est déjà fait, engage toi : partout, partout on a besoin de jeunes encadrants pour témoigner : la force du catholicisme, maintenant, c’est vous : notre génération ne vous a pas transmis grand-chose, vous êtes la preuve que le message du Christ peut continuer à rayonner malgré-tout !

      • Désolé, je m’inscris en faux.
        Pourquoi dire que notre génération n’a pas transmis grand chose ? Oh que si.
        Mais la civilisation / démon leur a posé des bombes à sous-munitions sous les pieds, en leur ouvrant une boîte de Pandore et en leur faisant croire que tout continuait, tout allait pour le mieux.
        A l’arrivée tu as une qualité très sincèrement accrue de la transmission, mais qui se noie dans un tel magma de tentations, virtuelles ou pas, que c’est devenu TRES TRES difficile de tenir le cap sur la durée, et quand je dis durée, ça commence par quelques minutes pour certains sujets.
        Alors bien sûr, on pourrait se laisser aller à dire qu’il faut désormais avoir déjà la foi pour chercher.
        d’où mon admiration sans bornes pour les catéchumènes !
        @Lucie : si tu lis ce blog, c’est que tu as envie de quelque chose de fort. Alors patiente, reste disponible, à l’écoute, de façon à entendre les appels autour de toi. Ils sont là, ils bruissent, un peu partout, révélés par le Souffle. TOUT est à prendre.
        Fais confiance à la Providence qui nous permet de donner à la mesure du nécessaire et de recevoir pour refaire le plein.

  • Allez je vais mettre une ânerie, tous ces commentaires sont bien trop profonds : alors moi rien que pour t’embêter, si j’ai encore un fils, je l’appellerai Jules-Bastien. Et si c’est une fille…. Jade-Béatrice. (Je vois d’ici la tête de mon mari quand je lui soumettrai ça !)

    • Nan mais avant ton mari, même pour ton gamin fais pas ça ^^

    • Ou alors Julie-Béa? Judith-Blandine? Ou pour un garçon: Joachim-Briac? Julien-Benoît? Après, ça ne garantit pas une vie sociale de fou mais bon.

  • Merci KTO pour ce superbe article (1 de plus), j’en profite pour dire que je suis bien embêtée, je ne peux pas voter pour le blog , je ne suis pas sur FB !

  • pareil pour moi !

  • Moi j’aime bien JB…

    • Et ton post aussi!

  • Gros moment de nostalgie… en effet, c’était un moment assez magique, tout comme les moments de silence a 10000!!
    LE FRAT C EST PAS FINIT, LE FRAT C EST POUR LA VIE !!

    • Ce n’est qu’un début! Le Frat ça continue!

  • 注目度抜群 議論が 価格の価値コメントです。 私が感じるというそれはするのが最善の方法です |これでトピック、それは しかし一般 個人があるタブー対象とはならないかもしれこのような話題について話す。次へ。乾杯

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