Ca fait mal comme titre hein…

Mais je ressentais le besoin de le dire, ça me permet d’exorciser. Oui les blacks sont champions du monde, conformément à la volonté divine. Vous allez me dire « qu’est ce que tu viens nous mêler Dieu à tout ça, il a quand même autre chose à faire avec les Sims Animaux et Cie qui sortait ce week-end ». En effet, mais Dieu prépare son coup depuis bien plus longtemps. Bien avant la sortie des Sims 1 en réalité.

Un matin où il s’ennuyait ferme, il y a un paquet de temps de cela, il a décidé de regarder ce que donnerait un mixage entre les plus grosses brutasses de sa planète. L’idée lui semblait rigolote. Il a donc jeté son dévolu sur les écossais, glorieux peuple où le premier qui rit prend une tapette maquillée en tronc d’arbre et où les adultes avalent 5 moutons au petit déj’ (laine comprise). Il les a tranquillement calé dans un bateau direction quoi ? La Polynésie ! L’endroit où la victime du CM² pèse 120 kilogs et où l’on se fight avec les requins pour prouver sa virilité avant d’entrer au collège. Richie McCaw d’un côté, Ma’a Nonu de l’autre, et vous comprenez pourquoi Dieu avait décidé depuis longtemps du vainqueur de cette coupe du monde.

 

Bon ok, de prime abord la révélation ne présente pas un intérêt fou. Mais si je vous raconte ça, ce n’est pas uniquement pour le plaisir d’évoquer une théorie vaseuse sur la génétique des tractopelles. Dans cette équipe de poètes, on trouve des hommes de foi bien cachés sous leurs dégaines de tatoués. La religion occupe une place à part pour eux, et ils en parlent volontiers. J’ai retenu deux articles ce week-end, deux témoignages simples et percutants venant de joueurs de la Nouvelle-Zélande sacrés ce dimanche. Voici le premier ce soir, le suivant viendra demain ou mercredi.
Il s’agit de celui de Keven Mealamu, talonneur titulaire des All Blacks. En intro, voici une petite vidéo de ses exploits que vous n’êtes pas obligés de regarder jusqu’au bout (4 minutes de jeu d’avant, j’admets que c’est au dessus de mes forces).

 

 

C’est vrai que vous êtes le maigichon de la famille ?
(Il éclate de rire) Absolument ! Mon père a 60 ans cette année et il a toujours de plus gros biceps que moi. A 10 ans mon fils pèse 60 kilogs et il le soulève comme une plume.

60 kilogs à 10 ans ! C’est la génétique samoane ?
Ou tonguienne, ma femme est des iles Tonga

Où allez-vous en vacances alors ?
On va aux Fidji ! (Il se marre de plus belle) C’est la justice de Salomon.

Comment l’avez-vous rencontré ?
C’était à Dunedin en 1999. Je commençais à jouer pour Auckland (franchise néo-zélandaise de super 15). C’était un soir, dans une boîte de nuit. On a gardé le contact et l’amour a fait son oeuvre.

Une boîte de nuit ? Vous étiez un homme de foi à l’époque, ou bien vous fricotiez avec le démon ?
(L’air coupable) J’étais célibataire à l’époque. J’avais 20 ans et j’adore danser. Je me souviens que je me disais « Arrête de la regarder ». On est mariés depuis 8 ans, on vit ensemble depuis douze ans, autant d’années de bonheur.

Vous avez toujours été habité par la foi ou c’est venu avec les années ?
Mes parents et mes grands-parents sont de fervents catholiques. En grandissant, forcément on se pose des questions. Je sais que des choses de ma vie sont arrivées grâce à la prière. Que je sois chez moi, à l’église ou en déplacement au bout du monde avec les All Blacks je sens un lien fort avec Dieu. C’est une chose extrêmement précieuse pour moi. Un sentiment fabuleux quand tu rencontres des gens, des vieux samoans que tu n’as jamais vu et qui te disent « Je t’ai vu à la télé, je vais prier pour toi ». Quelqu’un qui va rentrer en communion avec toi par le coeur et la pensée, ça m’émeut. Je me dis « C’est une des plus fortes expériences de l’existence ».

 

 

Pourriez-vous nous donner l’exemple d’une chose qui vous serait arrivée par une sorte de…bénédiction ?
(Il réfléchit longuement) Parfois dans la vie, on attend des choses spectaculaires, des grands miracles. Quelqu’un qui marche sur l’eau par exemple. Moi, je suis conscient des choses du quotidien que Dieu fait pour nous. Quand ma famille ou moi-même rentrons sains et sauf à la fin d’une journée de travail, c’est une bénédiction. J’ai traversé le monde, j’ai pu revenir, retrouver ma famille en bonne santé. Ca n’a pas de prix. Parfois on se surprend à prier pour des choses qu’on aimerait avoir alors qu’on devrait prier pour ce qui nous a déjà été donné.

Vous lisez la Bible tous les jours ?
J’aimerais pouvoir. En tous cas, j’essaie d’avoir un lien constant avec Dieu. Je prie chaque jour avant d’aller dormir. Avant d’ouvrir la Bible je prie : « Seigneur, montrez-moi la voie ». Il y a toujours une réponse dans la Bible. Je prie pour la force, pas que physique. Pour passez au-delà d’un jour difficile.

C’est quoi un jour difficile ?
Quand on est absent depuis longtemps. La tournée des Blacks, c’est parfois sept semaines… C’est très long. Je suis censé m’occuper des miens et je suis loin d’eux. Quand tu daisy fuentes pokies reçois un coup de fil au milieu de la nuit à cause du décalage horaire, tu t’inquiètes. S’il se passe quoique ce soit, tu es impuissant. Je m’en remets à Dieu. Et à mon frère qui habite la maison d’à côté (il se marre).

Votre fère Luke, justement, a vécu un drame en décembre 2008 avec le décès de sa fille de 6 ans…
Elle s’appelait Christina. Depuis près de quinze ans, avec ma famille et mes amis, nous nous réunissons pour un tournoi de rugby à toucher. Ca représente près de 150 personnes qui ensuite se retrouvent autour d’un barbecue. Ce jour-là les enfants s’amusaient près d’un joug de mêlée. Les plus grands l’ont soulevé et l’ont laissé dans une position instable. Il est tombé sur ma nièce, elle est morte sur le coup. C’a été un des moments les plus tristes de ma vie.

Le rugby, c’est un oubli ?
Je ne crois pas que le rugby puisse changer la personne que vous êtes. Le rugby vous aide à vous concentrer, vous apprend l’implication. Nous autres, joueurs, aimons la compétition. C’est étrange, je suis chrétien hors du terrain, mais une fois le coup d’envoi donné, je vais jouer le plus fort et le plus dur possible.

 

 

Il y a deux Keven en vous ?
Non, c’est juste du professionalisme. Mon boulot est de plaquer le plus fort et de courir le plus loin possible. Quand je pénètre sur un terrain, je change de visage parce que c’est le moment de gagner pour l’équipe. Mais j’avoue que cette soif de vaincre me poursuit parfois hors des terrains. Ma femme ne veut plus jouer aux cartes ou aux jeux avec moi parce que je veux toujours gagner.

Il faut de l’agressivité pour jouer au rugby ?
Il faut être physique, dur, c’est certain. Etre agressif c’est différent, c’est être physique sans réflexion. L’agressivité te fait débrancher le cerveau. Ce n’est pas bon.

En novembre 2010 vous avez été suspendu pour avoir asséné un coup de tête à Lewis Moody. Vous vouliez le punir ?
J’ai manqué de jugeotte. J’ai été au-delà de la balle, j’ai raté son épaule et touché sa tête. Avec les juges de l’IRB, on a regardé les images sous tous les angles et ils ont bien vu que mon intention était de mettre l’épaule.  J’ai eu de la chance (deux semaines de suspension au lieu de quatre). J’ai été triste après coup. Surtout de l’amplification donnée par les images télévisées. Je ne suis pas le genre de gars à mettre des coups de boule ou de poing.

Il vous est quand même arrivé de vous battre sur un terrain…
Tout peut arriver dans une partie, avec le stress, la testostérone… On fait tous des erreurs, moi pas moins que d’autres bien qu’étant chrétien. Je n’aime pas qu’on fasse du mal à mes coéquipiers.

En tant qu’ancien vous faites figure au sein des All Blacks. Notamment auprès des « Brown Brothers », les joueurs des îles. Il parait que, chaque dimanche, tous convergent vers votre chambre où vous dirigez le prière.
Pas uniquement les dimanches, ça peut-être n’importe quel jour.  On ne doit pas se contenter d’être de bons croyants juste le dimanche. Quant à diriger là encore, ce n’est pas systématique. On fait ça à tour de rôle. Par exemple, Mils (Muliaina) avant qu’il ne se blesse, ou même Jerome (Kaino). Je ne tiens pas à être le leader de ces prières. Un jour je ne serai plus dans l’équipe, il faudra qu’un autre puisse prendre la relève.

 

 

A quoi ressemblent ces moments, de longs sermons ou de courts prêches adaptés au goût du zapping des jeunes joueurs ?
Ça dépend. On s’adapte. J’ai une application Bible que je peux consulter à tout moment sur mon portable. Parfois c’est bien de se réunir et de se poser. Pour ça, au sein des Auckland Blues (son club où évoluent John Afoa, Jerome Kaino, Tony Woodcock, Ali Williams ou encore Israel Toeava), nous avons une chapelle. On peut s’asseoir, étudier un passage de la Bible, puis discuter entre nous de ce que nous venons de lire.

Zac Guilford puis Israel Dagg et Cory Jane ont défrayé la chronique de cette coupe du monde avec des sorties nocturnes alcoolisées. Quel discours leur avez-vous tenu ?
J’ai surtout parlé à Cory, car lui est sorti alors qu’il était supposé être dans le XV de départ contre l’argentine, quatre jours plus tard. Je lui ai dit dans les yeux ce que je pensais de son comportement stupide. Ce mauvais choix pouvait avoir des répercussions sur toute l’équipe, sur tous les gars qui s’entraînent depuis des mois, voire années. Cory s’est confondu en excuses. Je pense qu’il regrettait son écart.

La Nouvelle-Zélande n’en fait-elle pas trop avec le rugby ?
Oui et non. Je crois que c’est cette passion qui donne une dimension à part au rugby. Après, il ne faut pas être idolâtre, il ne s’agit que de sport, même si les gens transfèrent beaucoup de choses de leur existence dans cette équipe des All Blacks. Personellement j’y vois un moyen de leur montrer le chemin vers Dieu. Je ne fais rien seul, tout ce que j’accomplis, c’est grâce aux dons qui m’ont été accordés.

 

Entretien réalisé par Karim Ben-Ismaïl pour l’Equipe Magazine

 

 

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17 commentaires to “Quand les champions du monde parlent de leur foi”

  • Putain, tu sens le mec qui a des valeurs…

    • C’est ce qui m’a plu. Le mec est carré quoi.

    • Mais en même temps, il fuit pas ses faiblesses, il essaie pas de se donner une image de perfection. Vraiment ça me plait !

      Merci pour ce témoignage !

  • J’ai trouvé ça long, je suis le seul ?

    Et quand il dit  » en déplacement au bout du monde avec les All Blacks », il pense à l’Europe c’est ça? Ça fait bizarre :)

    • J’ai hésité parce que c’était un long entretien dans le mag, mais finalement comme c’est une interview ça se lit assez vite, c’est léger. C’est peut-être mon intro qui est trop longue.

      Marrant, je pensais que t’accrocherais plus que ça.

      • Oui étonnament, j’ai pas réussi à aller jusqu’au bout. Mais ça ne veut pas dire que le mec m’a pas intéressé ! Comme Bluber le dit, ce mec est fun, décalé et touchant à la fois :)

      • Si tu l’as pas lu jusqu’au bout, c’est un peu un article coupé-décalé !

        • Oh mazette…

  • J’ai lu tout ça d’une traite. Il y a une atmosphère particulière dans cet article.

    Un mélange de simplicité et d’humilité.

  • On a besoin de témoignages de mecs comme ça. Ca ca me parle !

  • Décalé, touchant, inattendu, intro fun : like it !

  • On peut avoir tes sources pour l’article ?

    • Salut Max,

      Comme précisé à la fin de l’article, c’est un entretien tiré de l’Equipe Mag de samedi dernier ;)

  • Un excellent rugbyman, et en plus il a l’air plutôt intelligent !

    C’est vraiment touchant quand il dit:

    « Parfois dans la vie, on attend des choses spectaculaires, des grands miracles. Quelqu’un qui marche sur l’eau par exemple. Moi, je suis conscient des choses du quotidien que Dieu fait pour nous. Quand ma famille ou moi-même rentrons sains et sauf à la fin d’une journée de travail, c’est une bénédiction.  »

    ou encore

    « Parfois on se surprend à prier pour des choses qu’on aimerait avoir alors qu’on devrait prier pour ce qui nous a déjà été donné »

    Waoh…

  • C’est peut-être ça qu’on devrait faire avec notre équipe de foot : leur dire qu’on prie pour eux. Peut-être qu’ils sentiraient plus qu’ils représentent autre chose que leur compte en banque…

    (Oui, je sais, je rêve… Et alors ?)

  • Quand les champions du monde parlent de leur foi « Kto and the City

  • Me gustaría recibir más información sobre esto, ya que es muy agradable., Gracias por compartir

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