Je vais planter le décor, vous allez tout de suite voir où je veux en venir* :

C’est l’été et je me sens comme un moustique débile attiré par la lumière d’une lampe halogène: J’ai chaud. Mais comme je suis sur une plage canon, que le ciel est bleu et que j’en fous pas une vautré sur ma serviette, je vais pas non plus me plaindre. Evidemment j’ai ramené un livre pour faire l’intello (je suis obligé, j’ai pas de lunettes) mais la lecture est en option, je l’ai surtout calé sur ma figure pour me protéger du soleil et du sable que les nabots balancent en courant. Si un jour j’en chope un… Pas de miséricorde pour les mioches balanceurs de sable ! Bref, vous voyez le tableau ? Franchement, ce serait le paradis sur terre si les vendeurs de Mister Freeze ne pratiquaient pas des tarifs prohibitifs…

 

 

Et c’est forcément à ce moment que débarquent les potes** qui te virent de ta serviette à trois comme des gros lâches et te traînent vers la flotte histoire de faire cette bonne blague, vieille comme les robes de la mère d’Adam : « regarde, c’est marrant on te mets dans l’eau ».
Je me débats, je leur donne des noms que j’oserais jamais redire devant ma maman, et comme à un contre trois (dont un robot mutant de l’espace) je peux pas grand chose, je finis balancé dans l’immensité bleutée et (supposément) inamicale de l’océan atlantique. Et j’ai trop la haine. Dans le 92, on dirait que je pète le seum. Mais… Mais… Oh ! Surprise ! Elle est trop bonne ! Cette eau est agréable, rafraîchissante, douce au baiser: je me sens trop bien dedans ! Je réalise soudain à quel point je cuisais bien comme il faut allongé sur la plage. D’ailleurs, je me sens un peu con de pas y être allé moi-même, et pour réparer ça je vais y rester la fin de l’après-midi.

 

Mine de rien, cette petite histoire amène habilement notre sujet du jour. Là on dirait pas, mais je viens de vous raconter ma messe de dimanche dernier. Je sais, on dirait vraiment pas.

C’est simple: J’avais décidé de pas y aller. J’étais claqué. J’avais passé mon week-end à courir après le serrurier, qui courrait après la CAF qui courrait après mon banquier, bref, ça avait duré des plombes. J’en avais marre, je voulais juste rester peinard chez moi et surtout qu’on vienne pas me casser les pieds. En plus y avait l’euro de basket à la télé, j’avais jamais regardé ce sport et j’aurais peut-être la révélation de ma vie (la réponse est non). Trop de bonnes raisons pour gratter un joker quoi…

 

 

Et puis Jacques m’a appelé. Jacques, c’est un camarade de promo que j’ai rencontré dans le métro la semaine dernière, et avec qui j’ai papoté parce qu’il avait un bracelet Madrid 2011. Jmj-copains-toussa, et décidage de « messe synchronisée » le dimanche suivant (comme la natation du même nom, mais avec des osties et sans le pince-nez). J’étais donc bien décidé à esquiver tout ce qui pouvait de prêt ou de loin ressembler à une messe quand mon téléphone s’est mit à sonner. Il avait pas oublié le bougre, et il était tellement motivé (d’habitude je dis « chaud comme une baraque à frites » mais j’essaye de devenir un blogueur respectable) que j’ai pas osé lui dire non. Je me suis pointé comme prévu, et 10% à reculons. J’étais presque revenu 15 ans en arrière, et avait de nouveau enfilé le costume du gamin soulé prêt à faire des cocotes avec feuille de chant pour passer le temps.

« Ca finit quand ? C’est le chant d’entrée ? Ah… Et maintenant ça finit quand ? »

 

Et Plaf ! La flotte ! Et la sensation de bien-être qui va avec. Passer son temps à se battre avec la paperasse, toujours dix coups de fils à passer, répondre au mail de tel mec pour tel truc, j’étais usé et je m’en rendais même pas compte. En entrant dans l’église j’ai eu l’impression de tout laisser à l’extérieur. J’avais tout fait pour pas y aller, je m’étais débattu. Alors qu’une fois arrivé j’étais tellement bien… Je me sentais comme à la maison, c’était fou. En plus, j’avais ce petit sentiment de revenir à l’essentiel qui te donne une sérénité à toute épreuve. Tu prends un peu de hauteur et tu t’occupes du truc vraiment important***. J’avais besoin de cette bouffée d’oxygène, de prendre un peu de recul avec le monde. En fait, j’avais besoin que Jacques me balance à la flotte.

 

Quand je suis sorti j’ai retrouvé les même soucis qu’en entrant, mais pas la pression qui va avec. Je ne m’en rendais pas compte, mais cette messe est sûrement ce qui pouvait me faire le plus de bien. Et si ce WE vous avez tellement de choses en tête que vous vous sentez pas d’humeur à vous pointer à l’église, c’estsûrement que vous en avez besoin aussi…

 

 

 

*Ou alors pas, mais pas du tout

 

**Ou bien le méchant oncle, style magicien noir qui vient te pourrir la gueule et prendre le trône à ta place. Ainsi que la serviette. Mais là c’était juste mes potes.

 

***Au rugby on appelle ça le « retour aux fondamentaux »

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29 commentaires to “Coquillages et crustacés”

  • Salut KTO, bien écrit, t’as de l’imagination, mais gaffe, tu dérapes, un de ces jours tu vas nous proposer la messe en pommade… Sensation de bien être, l’ostie parfum chocolat, l’échange de signe de paix vivifiant et tonifiant à la pierre chaude…
    Bon c’est pas tout ça, aujourd’hui c’est la première d’aumônerie pour mes 6èmes. On a fait le plein, mais on manque méchamment d’animateurs pour cette classe. Si le coeur vous en dit… un petit message à KTO qui transmettra.

    • Yo Filou,

      Plus pragmatiquement, contre quoi me mets-tu en garde ? J’ai ma petite idée, mais si tu pouvais être plus explicite ;)

      • Je vais essayer.
        Je te mets en garde contre le retour très égocentré sur ses propres sensations… physiques et de bien-être général. Le rapprochement que tu en as fait avec les « bienfaits » d’une messe est un tantinet périlleux, et de là à trouver des palliatifs, spirituels mais tout aussi bienfaisants, il n’y a qu’un pas.
        Y a qu’à voir l’EMOTION que procure telle ou telle musique sacrée. Qui, aujourd’hui, fait le rapprochement entre un Requiem de Mozart ou un Stabat Mater de Pergolese et le sens des textes ? La signification des mots cède le pas à la beauté créatrice mais toute humaine. C’est justement ce qui permet aux non-croyants de comparer nos comportements aux leurs, à l’écoute de musique profane, et finalement de tout relativiser… Méditer, prier devant une Mater Dolorosa dans une église espagnole, à mon avis, ne procure pas de sensation de bien-être, mais quelque chose d’autre, peut-être difficile à exprimer, très profond, qui s’apparente plus à une communion universelle.

        Rassure-toi, de toute façon, je te fais confiance. Peut-être juste expliciter à ton tour les « retours aux fondamentaux » et leur proximité à une sensation de bien-être… Au rugby, ça revient souvent à se faire casser la gueule…

        • Filou va-t-il arrêter de suivre le blog ?!

          • Ben Wagram ! Pourquoi c’te question? Je t’embête à ce point ?

  • Yo filou,

    Si j’étais pas en Chine, je te filerais volontiers un coup de main ! Tu sais ce qui te reste à faire: une histoire de prière, d’ouvrier et de moisson, tout ça…

    J’aime bien cet article, léger et efficace: j’irai à la messe demain ! D’ailleurs je vais à un groupe d’étude de la Bible avec des chinois tout à l’heure. On verra !

    • Contente d’apprendre que tu as trouvé des copains ! :)
      (copain : celui avec qui on partage le pain)

  • Donc si j’ai bien compris, il faut aller à la messe, même si on est bieeeeeeeeeeeeeen à la maison ?

  • Franchement, je finis par penser que jen aurais besoin…

    • Je ne vois pas comment on peut vivre en chrétien sans assister à un office par semaine, quel qu’il soit (messe, culte…)

      • Plusieurs mouvements protestants n’obligent pas leurs fidèles à aller au culte régulièrement. De même que certains cathos éprouvent le besoin/l’obligation d’aller à la messe tous les jours. La fréquence est une affaire culturelle et personnelle.

      • Et chacun se fait sa foi à la carte en fonction de son humeur du moment et de ce qu’il veut bien se donner la peine de faire ?
        Désolé Chamatou, mais clairement la messe n’est pas quelque chose « en option », et c’est trop simple de dire « chacun fait comme il le sent ». Ca marche pour certains trucs, pas là. Un joli mix de religion supermarché et de relativisme ;)

        Et je te glisse au passage que le fait que je sois catho et non pas protestant n’est pas une différence « culturelle ».

        • @ chamatou:

          Eh bien moi justement, je ne suis pas d’accord. Du tout.

          Soit on peut avoir des hauts et des bas, j’en ai, tout le monde en a. Et donc des moments ou l’on va peut-être moins souvent à la messe.

          Mais la « fréquence », c’est pas une question de feeling. Un jou oui, un jour non ? Tiens il fait beau je préfère aller pique-niquer !

          D’après le catéchisme de l’Eglise, aller à la messe est une obligation. Et je crois que la Foi en est forcément moins vivante si l’on honore pas le jour du Seigneur (4ème commandement) en se rendant à l’Eglise pour écouter sa parole.

          D’autant, en étant pragmatique, que c’est le seul contact de beaucoup de chrétiens avec la Bible.

        • Si KTO, c’est une différence culturelle, mais pas nécessairement au niveau où on l’entend habituellement… Notre foi nous conditionne dans nos comportements. Et la culture se distingue par un ensemble d’indices, dont les comportements religieux. Je te concède que les différences sont infimes au regard de ce qui distingue la « culture occidentale » de la « culture orientale », mais elles existent.

          @Chamatou : par expérience, je te dirai que nous avons naturellement tendance à vouloir trouver un « système » qui colle à notre paresse du moment. On critiquera plus volontiers le système qui nous contraint au moment où on n’en a pas envie, c’est une forme de défense pour certains, j’aurais tendance à qualifier ça d’agression d’un orgueil rebelle face à une règle établie qui en l’occurence n’est pas imposée. C’est une règle et on y adhère totalement ou pas. Aucune obligation.
          Il vaut mieux en revanche avoir le courage et l’humilité de reconnaître ses faiblesses et son incapacité à suivre totalement une règle, c’est aussi pour cela qu’existe le sacrement de la Réconciliation : reconnaître que nous sommes pêcheurs. Ce n’est pas si humiliant que ça. Avoir le courage de dire qu’on ne peut pas tout seul…

          • Moi j’ai longtemps détesté aller à la messe. Notamment à l’époque ou je voulais regarder téléfoot le dimanche matin.

            Mais j’ai lu il a peu cette phrase « ce que Dieu demande, il donne la force de l’accomplir ».

            Jean-Jacques Goldman disait: « Je marche seul ».

            Pas moi.

        • Attention ! Je sais que l’Eglise catholique demande d’aller à la messe au moins tous les dimanches, et c’est très bien comme ça (je me suis tenue à cette obligation de ma confirmation à 12 ans jusqu’à ma crise de foi à 18-19 et m’en suis bien portée). Aujourd’hui je suis sortie du « système » (pour détourner le terme de Filou) aussi ne me sens-je plus concernée par cette obligation (je ne me cherche donc pas d’excuses ;) )
          Mais luc a dit qu’il ne voyait pas comment vivre « en chrétien » sans aller à la messe tous les dimanches. Or tous les chrétiens ne sont pas des catholiques romains. Les calvinistes (enfin d’après ce que m’ont dit des amis réformés) n’ont pas d’obligation de se rendre au culte chaque semaine. Ils sont pourtant reconnus comme chrétiens. Il y donc différentes façons de vivre en chrétien.

          En revanche je persiste et je signe sur le fait que la façon de vivre la foi est culturelle (mais pas que, évidemment). La doctrine catholique n’est pas arrivée d’un seul coup (bien que l’essentiel est été dit dans l’Evangile) mais s’est construite au fur et à mesure des conciles, eux-même généralement provoqués pas des évènements historiques ou religieux (apparition d’hérésies, guerres, découverte de peuples…) Si ces évènements ne s’étaient pas produits, il est probable que certains éléments relativement contingents du culte se pratiqueraient différemment. C’est en ce sens que je parle de culture. Pour prendre un exemple un peu bidon, si les Juifs avaient décidé que le chiffe 21 était bien plus symbolique que le 7, il est probable que nous irions à la messe tous les 21 jours.

          Cela dit en y réfléchissant, j’imagine que si les protestants n’ont pas cette obligation du culte hebdomadaire, c’est probablement parce que leur doctrine conçoit la foi comme quelque chose d’infiniment personnel (Dieu, la Bible et moi) tandis que les catholiques accordent une importance plus grande à l’ecclesia, l’assemblée, l’Eglise. Il est vrai que là on touche peut-être à quelque chose de plus fondamental que de la culture.

          • Il est vrai que chez les Protestants, la Communion ne revêt pas l’importance que nous lui donnons. Il s’agit chez eux d’un moment de partage convivial autour du symbole du corps et du sang du Christ, alors que chez nous c’est le mystère de la Transubstantation que nous célébrons, avec à la clé une véritable nourriture. Nous en passer revient à un sacrifice complètement absurde puisque c’est entre autre grâce à la Communion que nous trouvons la force d’assumer tous ces petits sacrifices terrestres qui nous ramènent à l’Essentiel. Mais bien sûr, il faut y croire… Et c’est là qu’on revient à la foi des Catholiques et des Orthodoxes. On peut aussi croire en un Être Suprême pour garder plus de latitude personnelle et rester franchouillard mais ça me paraît un peu creux.

          • @Filou : Bien vu !

  • Perso, je dois dire que d’habitude c’est plutôt le besoin irrésistible d’aller saluer la très Sainte Vierge qui me fait sauter à l’eau.

    Récit magnifique encore une fois. Je ferai bien d’en prendre de la graine plus souvent !

  • Mission accomplie !

  • Jolie comparaison. Il est vrai que parfois notre nature nous pousse à esquiver ce dont nous avons le plus besoin pour des compensations terrestres qui ne peuvent nous apporter qu’une maigre satisfaction.

  • Finalement peut être que ce soir…

    Filou: bon courage je suis sûre que tu vas y arriver je penserai a toi en espérant
    que tu trouve d’autres animateurs.

    • Merci Fini99, je ne suis pas seul dans ce cas. Je ne suis pas responsable d’aumônerie, juste animateur, mais je sais que tous les responsables ont le même problème en début d’année. Nous sommes tous bénévoles. Il faut que l’activité s’accorde avec nos emplois du temps, comme toutes les activités…

      Pour la messe, ça fait partie des retombées JMJ, j’y vais régulièrement maintenant. Et je m’y prépare ! Comme KTO qui enfile son maillot…

  • très bon article, surtout que j’ai vécu à peu près la même situation ce week-end! T’as pas halluciné (encore une fois) de la justesse des paroles ??!

  • @ Filou:

    Bien sur que non,

    sache qu’au contraire, je m’en inquiétais.

  • Moi ce témoignage me rapelle les pélerins d’Emmaüs qui rentraient le coeur lourd chez eux après la mort de Jésus et qui ont été retournés comme des crèpes lorsque le Christ a rompu le pain.
    « Alors ils se dirent l’un à l’autre: « Notre coeur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur le route, et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures? » A l’instant même ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. » Luc chapitre 24 versets 32 et 33.
    Au caté j’ai souvent fait mimer à des enfants l’attitude de ces disciples, en souhaitant qu’un jour ils vivent la même conversion en allant à la messe.

  • [...] j’ai eu envie de rester chez moi  avec mes grosses galères et l’envie de voir personne (voir ici), combien de fois j’ai été traîné de force jusqu’à l’église avec une seule envie, que [...]

  • J’ai découvert cet article grâce à celui sur la messe. Ben il est pareil, il fait un bien fou. Merci !

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