« Bébé du double espoir », « Bébé sauveur », « BB Brunes », l’équipe du Dr Frydman a beau redoubler d’ingéniosité et de poésie pour trouver un nom à la « réussite » scientifique qui fait depuis quelques jours la Une des journaux, le terme repris dans les médias sonne malheureusement plus juste : « bébé-médicament ».

Difficile de faire plus glauque, mais au moins on la joue cartes sur table.

 

Petit rappel du procédé:

On féconde une dizaine d’ovules avec des spermatozoïdes, ce qui donne donc une dizaine d’embryons humains (SVT, programme de 3ème, souvenez-vous…). On effectue ensuite un « double diagnostic préimplantatoire ». En gros on sélectionne d’abord les embryons sains en balançant les autres, puis on re-sélectionne celui qui permettra de guérir la maladie (le reste c’est poubelle aussi, on va pas se faire chier avec des futurs bébés qui servent à rien).
Comme ça à la naissance, on peut utiliser le nouveau-né (issu de l’embryon élu) pour soigner la maladie de ses frères et sœurs. Et PAF ! Ca fait des chocapic.

 

La question est évidemment, est-ce que ça pose un souci ? A vous peut-être pas, à moi énormément.

 

Depuis quand on fabrique un être pour qu’il « serve à quelque chose » ? !

- J’ai vu que ta femme était enceinte, toutes mes félicitations !
- Nan nan, c’est pas ce que tu crois, le petit dernier a juste besoin d’un nouveau rein.

A ce moment là, pourquoi ne pas faire comme dans Matrix, on élève aussi des armées de gamins pour s’en servir comme source d’énergie. C’est renouvable, c’est propre, ça fera super plaisir à Nicolas Hulot.

 

« Mais t’es dégueu ! Et en plus tu comprends rien, c’est dans un but thérapeutique..»

C’est vrai, vous avez raison. Après tout on peut créer un enfant dans le but d’en soigner un autre, ce n’est pas comme si un gamin valait plus qu’un bien de consommation.

J’ai une faveur à demander à ce propos : est-ce qu’il serait possible d’avoir un second-moi, une sorte de clone (mais si vous me le faites bébé, c’est pas grave), il me servirait de réserve d’organe. Il me suivrait un peu partout et je l’appellerais « Toc toc ». Comme ça, le jour où j’ai un cancer du poumon, il peut me refiler un des siens.
Vous trouvez ça incompatible avec la dignité humaine ? Moi je trouve que c’est vous les incompatibles, j’ai un cancer et vous voulez pas que je me fasse soigner !

 

 

Mais je me demande si ce qui me dégoûte encore plus, c’est pas le fait qu’on sorte dix bébés potentiels pour ne garder au final que celui qui colle avec le cahier des charges.

« Ah mais vous comprenez docteur, je vais prendre que ces deux là, j’ai toujours voulu d’un gamin blond aux yeux bleus. Et balancez celui avec les oreilles décollées, s’il vous plait, franchement ça ressemble à rien ».

On peut me dire ce qu’on veut, que la loi encadre les choses, bla blabla…

N’empêche que la loi, elle change tous les jours, et vu le sens que ça prend, dans dix ans je veux même pas savoir ce qui sera devenu légal. Si on ouvre la porte à l’eugénisme, comme on est en train de le faire, qui sait quel genre de truc bien sale on autorisera bientôt :

« Nan, ce qui serait vraiment ouf pour mon futur gamin, ce serait de lui refiler un gêne de chat, ou de poulpe j’en sais rien, un truc pour qu’il puisse voir la nuit.

Là il aurait trop la classe ! Ah ouais, et des dents de requin, si c’est pas trop demandé. C’est tout de même plus solide vous comprenez… »

Quitte à manipuler des embryons pour choisir le mieux, moi je dis pourquoi pas ! Et puis on greffe une tentacule au petit, ça sera pratique pour prendre des notes à la fac.

 

Personne ne reprochera à des parents de tout tenter pour aider leur enfant, et dans ce genre de débat, celui qui ose critiquer passe forcément pour l’insensible, le sans coeur, et il se voit systématiquement opposé des arguments d’ordre affectif du style « et si t’étais à leur place ». C’est normal.

Mais c’est alors aux médecins et à la science d’être responsable, d’expliquer que cet intérêt particulier risque d’emmener tout le monde sur une voie dangereuse, et que nous ne devons emprunter sous aucun prétexte. Apparemment, tout le monde n’a pas ce genre de scrupule.

 

Un médecin disait dans Le Parisien : « à force de mettre de l’idéologie dès qu’on parle d’embryon, on crée des problèmes là où il n’y en avait pas ». C’est hallucinant de lire ça ! Bien sûr qu’il y a des valeurs à respecter, on parle de « fabriquer » des enfants ! A écouter certains scientifiques, c’est aussi anodin que d’acheter une baguette à la boulangerie.

Sauf que ça ne l’est pas. Mais apparemment on ne pourra pas compter sur le Dr Frydman et ses amis pour rappeler que ce n’est pas parce que la Science peut faire quelque chose qu’elle doit le faire. Ils sont très forts, on a compris. Mais le jeu n’en vaut pas la chandelle.

 

Si dans cet article je n’ai pas parlé de l’opposition de l’Eglise ou de Dieu (profitez-en, ça va pas durer !), c’est parce que j’espère au fond de moi qu’on a pas besoin d’être croyant pour comprendre que dans l’histoire, il y a un très gros malaise…

 

 

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

28 commentaires to “Chérie, il te reste un bébé-Nurofen ?”

  • très bonne publication je prefere

    . succès aujour succès toujours… KTOANDCITY

  • Est ce qu’on ne fait pas déjà ce genre de choix de sélection lorsqu’on pratiqiue le dépistage durant une grossesse de trisomie 21 ou handicap???

    • @Alphonse
      Merci frère, ton soutien ne faiblit jamais !

      @lio
      Difficile de ne pas se poser la question. Ensuite peut intervenir la notion de l’intérêt de l’enfant, ce qui n’est clairement pas le cas ici puisqu’on sélectionne l’embryon uniquement afin qu’il soit « utilisable » à la naissance.
      Et puis dans notre cas, on fabrique des embryons en sachant pertinemment que c’est pour en jeter 90%…

  • Opinion très (trop ?) tranchée, mais ça fait du bien. On a besoin de lire ça quelques part, pour se forger sa propre opinion en entendant un autre son de cloche que celui des lobbies scientifiques.
    Merci

    • What’s up everyone, it抯 my first pay a quick visit at this web site, and article is actually fruitful for me, keep up posting such articles or reviews.

  • Certes, cette « fabrication » peut être perçue comme allant à l’encontre de la dignité humaine, comme tu dis, mais ça n’empêchera pas les parents d’aimer cet enfant! C’est vrai que créer un enfant dans un but précis, c’est pas humain.
    Mais après qu’est-ce que c’est être humain? Vouloir soigner ses enfants et vouloir aimer et voir grandir cet « enfant médicament », c’est pas incompatible! Loin de là!

    Après, si c’est la façon de penser des scientifiques que tu dénonce, alors ce que je dis là n’a pas lieu d’être.

    • @ Jeanne
      Ce n’est pas incompatible et les parents aimeront cet enfant j’en suis sûr. Mais ce n’est pas pour cela que le procédé en devient plus digne (à mes yeux). Encore heureux qu’ils aiment cet enfant !
      Le danger de cette porte ouverte et l’horreur de la technique n’en disparait pas pour autant…

      @ Chamatou
      De temps en temps ça fait pas de mal de dire les choses clairement ;)
      Et là, je trouve presque cette histoire trop grosse pour être vraie. Malheureusement…

  • Et l’impact psychologique pour l’enfant, personne n’y pense ?! C’est quelque chose de tellement fragile, ça peut détruire ce petit.

    Je n’aimerais pas être à sa place pendant son adolescence…

    C’est à ajouter au reste.

  • On fabrique des bébés artificiellement, on choisit les caractérisitiques de l’enfant, on bidouille les gènes de l’être humain, on tord la naissance dans tous les sens possible,tout contrôler à la naissance et à la mort, c’est tout à fait normal.

    Rien à dire, notre monde ne marche absolument pas sur la tête…

  • @ Jeanne
    Tu as tout à fait raison, il sera aimé par ses parents, et il aura une vie normale (en effet Loutre, il sera gothique à l’adolescence: « Pourquoi j’existe ? F*** le world »).
    Le problème qu’il faut surtout souligner c’est la méthode. On fait des embryons jetables maintenant. C’est le Koh-Lanta de la science. Ces personnes refusent d’admettre que féconder un embryon c’est créer la vie. Et pourtant ce sont les mieux placés pour le savoir…
    « Mon fils, tu es né dans une éprouvette. Je sais c’est dur, vient pleurer sur mon épaule ça arrive aux hommes aussi.
    - Et c’est pour ça que j’ai une tête en fer en forme de marteau ?
    - Oui, j’ai perdu le mien, alors j’en ai profité pour que les docteurs te rendent utile… »

    Et puis il fallait pas faire des films comme Star Wars avec une guerre de clone, et Avatar où on devient tout bleu…

    • Comme d’hab ton commentaire commence bien, et comme d’hab ça fini par un gros craquage…

    • Heureusement qu’avec la nouvelle formule du blog on peut « répondre » directement à un commentaire sans avoir à écrire « @Machin chouette »

  • Je vais me faire l’avocat du diable:

    Dans le cas de ce bébé, les deux ainés de la famille souffrent d’une maladie très grave (espérance de vie 20 ans, transfusion tous les 15 jours…). Les parents voulaient un troisième enfant, si possible ne souffrant pas de cette maladie.

    Parmi les embryons conçus deux étaient indemnes de la maladie, et seul l’un des deux avait un sang compatible avec celui de la fille de la famille. Les deux embryons ont été implantés, un seul s’est développé et c’était celui dont le sang du codron ombilical pouvait guérir (90 % de chance de réussite) la grande soeur.

    C’est le sang de cordon, prélevé lors de l’accouchement, qui va servir à soigner.

    Ce qui me gène beaucoup c’est que des embryons ont été conçus puis éliminés.
    Et bien entendu de telles pratiques ouvrent la voie à l’eugénisme….

    Adopter un enfant aurait permis à ces parents d’avoir un troisième enfant non porteur de cette maladie (ce serait un sale coup du sort d’adopter un enfant et qu’il soit porteur de cette maladie grave).
    Mais je suis très mal placée pour parler d’adoption car j’ai la chance d’avoir donné la vie à 4 enfants en bonne santé avec le même papa et sans avoir besoin de l’aide des médecins pour les concevoir.

    • L’objectif de l’article n’est absolument pas de jeter la pierre aux parents. En fait, on ne peut tout simplement pas réfléchir à cette affaire si l’on se place du point de vue des parents.

      C’est ce que j’essaye de dire, c’est qu’il faut dépasser le cas individuel et regarder la situation en prenant du recul.

      « Personne ne reprochera à des parents de tout tenter pour aider leur enfant », mais les conséquences globales, à l’échelle de la société, dépassent largement ce cas précis.

      Car cela permet à des scientifiques, dont le respect de la vie est le dernier des soucis, de mettre le pied de la porte de l’eugénisme. Et si l’on compte sur eux pour dire un jour « stop, ça suffit nous allons trop loin », je vous garantie que l’on se fout le doigt dans l’oeil. Au mieux.

  • encore une foi super sujet…chapeau,sa fait toujours du bien de te lire

  • Big up, faut en avoir du courage pour défendre ces valeurs dans le monde d’aujourd’hui, où la raison s’égare et le bon sens se perd. Perso, plus le temps passe et plus je me demande : « Mon Dieu, mon Dieu, mais jusqu’où va-t-on descendre? » … C’est vrai, on a l’impression que la civilisation part en sucette et qu’en plus ça commence à prendre une vitesse incontrôlable… On arrête plus de nous faire bouffer des trucs pas nets du matin au soir … quand c’est pas un truc, c’en est un autre encore plus délirant.

    • Je partage parfois tout sentiment, mais ne sombrons pas dans le pessimisme. Dieu est grand et Sa victoire certaine. No panic, « Everything is gonna be alright » comme disait l’ami Bob Marley (certains lecteurs apprécieront la citation).

      Certaines personnes ne croient pas en Dieu, ne le reconnaissent pas dans la Création. Et n’ont donc aucune raison de réfléchir à ce qui est bon/souhaitable ou non. Ils ne croient qu’en la « grandeur » de la science. C’est leur droit, mais on se laisse pas piétiner.

      Qui c’est qui commande ?!

      • Heu… Heureusement que les croyants n’ont pas le monopole du questionnement éthique… Même si on a parfois l’impression qu’ils sont les seuls à se manifester.

  • Je voudrais revenir sur le sujet effleuré par Loutre. Et repris par notre DJ. Oui, ça fera un ado gothique… C’est tout ?
    Vous n’avez jamais eu de vrais problèmes existentiels ou quoi ? Mais c’est bien là le problème ! Nous parlons d’éthique, et nos bavardages se résument à des principes : je suis pour, je suis contre… Mais le gamin lui ??
    Oh, les mecs ! Depuis la nuit des temps, nous faisons confiance à Celui qui nous a créés parce que nous ne faisons que déposer une petite graine. Tout le mystère de cette Vie, que nous confions à notre compagne et à Dieu, pour le meilleur et pour le pire, tous les conflits de générations que notre Humanité accepte patiemment, parce qu’il faut que jeunesse se passe, parce qu’il faut se construire sur l’expérience de nos parents et sur nos aspirations futures, toute cette découverte de soi, qui nous fait choisir, en toute conscience, de donner un sens à notre vie, TOUT CA pour qu’un jeune apprenne à un moment donné qu’il a été CREE pour être utile à une cause ??
    Avec à la clé de cette mascarade l’abandon de la clause de révision de la loi tous les 5 ans ??

  • Bon article.

    Clair, convaincant.

    Et je suis d’accord, cette question n’est pas strictement « religieuse ». Elle dépasse largement ce cadre et nul besoin d’en appeler à Dieu pour être de ton avis, je crois.

  • J’avais lu dans un journal l’histoire d’un couple américain dont la fille avait une maladie nécessitant une greffe d’un proche, ils ont fait un autre enfant avec l’espoir qu’il serait compatible (ce fut le cas). Le journal parlait de deux enfants « qui se doivent mutuellement la vie ». C’était joli. Evidemment, c’est assez différent de ce que vous évoquez, où on fait des « réserves » d’enfants juste au cas où…

  • [...] protection de la vie (Mise en garde conte la peine de mort, l’avortement, l’euthanasie et les savants fous par exemple), incite tous les croyants à considérer le don d’organe. Parce qu’on a beau être [...]

  • [...] Bah d’abord on en sait rien, ça se trouve je suis stérile. J’ai que 24 ans, je vous avoue que j’ai pas encore une opinion bien arrêtée sur la vélocité de mes spermatozoïdes… Et ensuite, faudra arrêter un jour avec ces conneries de « si t’étais à sa place ». Si on bute ma gamine j’ai qu’une envie c’est de prendre un flingue et de régler la question moi-même, et si vous voulez m’en empêcher vous êtes des beaux enfoirés parce que si c’était vous… On parle d’intérêt général là, alors ça serait justement plus malin d’éviter ce genre de raisonnement. On parlait déjà de la question à propos du bébé médicament. [...]

  • I have no idea how you do this but I’m completely fond of this blog.

  • Es simplemente bien pensado y realmente fantástico ver a alguien que sabe cómo poner estos pensamientos tan bien

  • You might be regularly qualified to rest room by themself by means of assistance, despite the fact that encourages along with signs are important and additionally occasions connected with urinary incontinence associated with digestive tract as well as vesica occur on a extra consistent basis..

  • このライトアップと上のスポットは、私は本当にこのサイト | はるか ニーズたいを仮定仮定と思う考察。私抣lはおそらく?? もう一度もう一度 読むするために、その情報のためはるか、感謝される。

  • That is the appropriate blog for anybody who desires to find out about this topic. You realize so much its nearly exhausting to argue with you (not that I truly would need?aHa). You positively put a new spin on a subject thats been written about for years. Great stuff, just nice!

Laisser un commentaire

Avatar de Kto and the City

Bienvenue sur Kto and the city, blog catho décomplexé à l'humour décalé. Vivez les aventures d'un catho dans la ville, on décortique la Foi dans la joie, la bonne humeur et les vannes à pas cher. Mais surtout on assume à fond et on le vit bien.

 

Une supplique ? Une insulte ? Une lettre d'amour ? Contact : ktoblog@gmail.com Réponse dans l'année garantie !

  • Facebook

  • Rejoignez la newsletter !

  • Derniers articles

  • Commentaires récents

  • Kto and the City, l’appli android !

     

     

  • Catégories

  • Suivez KTO sur Twitter !

  • Tags